Avez-vous déjà entendu parler des "sneckdowns" ? Ce terme fut utilisé pour la première fois en 2014 et la technique ainsi désignée pourrait, dans certains cas, rendre service pour analyser l’aménagement de nos routes.
Le mot "sneckdown" est la contraction anglophone de "snowy", signifiant "enneigé", et de "neckdown", désignant une "extension de trottoir". Très simple, son principe est de profiter de l’enneigement hivernal pour analyser les espaces dédiés aux routes qui sont inutiles aux voitures et peuvent ainsi être rendus aux piétons (ou à d’autres destinations).

Le principe des sneckdowns. (© Géoconfluences)
Même si l’emploi sporadique de cette technique est plus ancien (notons l’emploi de farine par des urbanistes australiens dans les années 1980 !), le phénomène s’est plus largement développé en Amérique du Nord à partir de 2014 (1). Depuis, bien aidées par les réseaux sociaux, des communautés se sont créées dans plusieurs villes (Toronto, New-York, …) pour proposer de nouveaux aménagements aux autorités, images à l’appui. Elles ont obtenu des résultats (2) !
- "Mais", objecterez-vous, "en cas de neige, les conducteurs ne roulent pas normalement: ils avancent plus lentement, suivent les traces des voitures précédentes et prennent de larges tournants !"
- "Et bien, ça tombe bien", vous répondront les adeptes du sneckdown (et de la sécurité routière), "c’est justement ce qu’on leur demande aussi en temps normal !"
Avantages et inconvénients
Ces réaménagements, quant ils amincissent les voies au profit des trottoirs, améliorent la sécurité en ralentissant la circulation des véhicules, mais également en raccourcissant le temps de traversée des piétons.
Suivant le type de réaménagement effectué, l’espace ainsi réaffecté peut être utile aux piétons mais aussi, suivant les cas, à du stationnement, à des pistes cyclables, à des îlots décoratifs ou à des espaces verts (réduisant ainsi la surface urbanisée imperméable et les îlots de chaleur).
Notons que le procédé, bien adapté aux périodes enneigées, peut aussi se rencontrer en d’autres circonstances : l’automne, avec ses feuilles mortes, est un autre moment prisé par les férus du sneckdown.

La recherche de "sneckdowns" peut aussi se réaliser en automne. (© Dave Meslin)
Evidemment cette technique d’analyse n’est pas la panacée et ne convient pas en toutes circonstances. Un des principaux écueils à éviter est une analyse trop réduite dans le temps, sur base de photos prises à un seul moment donné. Cela pourrait dissimuler des besoins routiers moins fréquents : le passage de bus scolaires si la photo est prise lors de vacances par exemple, ou la nécessité de conserver suffisamment d’espace routier pour le passage de services de secours ou de convois exceptionnels. Attention donc à ne pas tirer de conclusions hâtives sur base de quelques photos hivernales !
D’autre part, et sans verser dans la caricature, on imagine aisément que cette technique est plus efficace pour les voies publiques américaines, extrêmement larges, que pour les ruelles étroites des centres-villes européens.
En conclusion, nous pouvons constater que le sneckdown est une technique qui ne résoudra pas tout, mais qui a au moins le mérite de sensibiliser et de faire réfléchir quant à nos aménagements urbains. Et, dans quelques cas, il peut même apporter une aide bienvenue pour en améliorer la situation. Donc, cet hiver, à vos appareils photos !
Jérôme Sauveur
Article paru pour la 1ère fois dans le Cahier de l'Espace Public n°28 (décembre 2018) et mis en ligne dans cette rubrique le 17 février 2020.
(1) Le terme "sneckdown" fut inventé en 2014 par Aaron Naparstek, fondateur de Streetsblog.
(2) Philadelphie, Batimore et New York ont déjà réaménagé des rues grâce aux sneckdowns.
