La deuxième soirée abordera tout d’abord l’apport de l’architecture à la qualité spatiale et d’usage des nouveaux habitats.
Ces thèmes seront traités au travers d’une part de l’expérience de la conception d’habitations pour un groupe de futurs occupants à Liège, et d’autre part d’un panachage d’exemples d’espaces de qualité dans le logement public wallon. Ensuite, de nouvelles pistes, actuellement à l’étude, seront exposées par le Fonds du Logement Wallon.
Programme du jour sur les nouvelles cohabitations urbaines :
17h30 : Habitats groupés, 2ème partie : Quel type de projet pour une future vie... commune ?
par Jean-Marc Scheppers, architecte.
18h15 : La richesse de l'habitat par la qualité architecturale.
par Jean-Michel Degraeve, architecte, Habitat Concept.
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18h45 : Habitats alternatifs : les modèles du Fonds du Logement de Wallonie et des associations agréées.
par Vincent Sciarra, Directeur Général du Fonds du Logement Wallon.
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19h30 : Table ronde - Questions/Réponses
Compte-rendu :
Jean-Marc Scheppers, architecte et acteur du projet des Zurbains
Initialement, un groupe restreint de 5 personnes cherchait un terrain à bâtir en ville pour y construire ensemble 5 logements distincts. Peu à peu le groupe s’est agrandi et s’est fédéré autour d’un terrain de 8 500 m2, idéalement situé à deux pas du centre-ville, dans le quartier Saint-Léonard.
En 2006, 14 familles achètent ce terrain en vue d’y construire leurs logements.
Urbanistiquement, l’option est prise de continuer l’îlot et de construire sur le front de voirie pour s’intégrer dans le tissu urbain. Cela permet par ailleurs de laisser un espace tampon entre la ligne de chemin de fer et les futures habitations. Le plan masse établi, les positionnements des logements sont fixés dans une volumétrie globale selon les critères préférentiels de chaque famille.
En 2007, le groupe a introduit auprès de la Région un dossier de demande de périmètre de revitalisation urbaine. Ainsi pour 2 euros de l’investissement privé, la Région s’est engagée à investir 1 euro dans les espaces publics du périmètre : sur la place Vivegnis mais aussi par la création d’une passerelle surplombant le chemin de fer reliant le quartier Vivegnis aux coteaux de la citadelle.
Des négociations ont été aussi menées avec la ville et la SNCB (propriétaire en partie des abords) pour modifier le front de voirie, l’alignement, afin d’apporter d’avantage de lumière aux habitations rue Vivegnis, donner un dégagement suffisant pour les voitures et recadrer l’accès à la Place Vivegnis.
D’autres personnes se sont progressivement greffées au projet, en tout 26 familles sont représentées (dont 2 créant une cellule supplémentaire pour un parent) et c’est un ensemble de 4 maisons, 10 duplex, 13 appartements et 1 loft qui sera construit. De manière pratique, 28 demandes de permis ont été déposées en décembre 2007. Le chantier, lui débute en ce moment. Les logements au rez-de-chaussée auront un jardin privatif, tandis que le parc arrière sera géré en copropriété. Le choix a été fait pour un système de gros œuvre identique pour tous. Le chauffage est collectif avec, en accord avec la ville, un système de réseau de chaleur circulant sous les trottoirs. Le prix de la construction revient à 1200€/m2 TVAC (hors terrain).
Toutes les décisions sont prises en collectivité. Depuis le début, nous nous réunissons régulièrement tous les 15 jours. Dans notre système de fonctionnement, le pourcentage des « oui » pour entériner une décision varie selon l’importance de l’enjeu.
Jean-Michel Degraeve, architecte, Habitat Concept
Nous habitons tous autrement, et certains, malgré eux, dans des conditions d’extrême dénuement.
Le logement, aujourd’hui, représente-t-il encore un droit fondamental ?
L’histoire récente nous a donné des exemples de qualité et de richesse d’habitat(s) très différents selon les époques. 1920 est l’époque des cités-jardins tandis que 1950 nous évoque les ensembles modernistes. Il en reste aujourd’hui une préservation majoritaire du modèle anglais. Les grands ensembles denses, quant à eux, ont eu bien plus de mal à survivre.
Dans les années 80, d’autres modèles sont proposés, citons :
Piet Blom à Rotterdam ;
Moshe Safdie à Montréal, site de l ‘exposition mondiale ;
Henri Guchez à Boussu (Hornu), site du Grand Hornu :
Lucien Kroll, Woluwé St. Lambert, campus UCL.
Comment définir la richesse de l’habitat et la qualité architectural au XXIième siècle ?
Partie 1 : Trois facteurs d’évolution
1. La rapidité, l’instantané : habiter nomade
Il existe, il est vrai, une tendance au nomadisme mais à l’inverse, la précarité et la difficulté d’accéder à un logement classique génèrent le phénomène des faux nomades, comme ces habitants permanents en zones touristiques.
Il existe des modèles de nomadisme différents, pour exemple : ce petit module d’habitat développé par de jeunes architectes belges, assez petit pour qu’il ne nécessite plus de demande de permis. Petits modules à déposer où bon vous semble … Dans la même veine, il y a aussi l’habitat modulaire industrialisé, à partir de containers peu coûteux, juxtaposables à l’infini.
La cité Manifests des architectes Lacaton-Vassal à Mulhouse propose des logements sociaux à partir de structures simples de base en béton associées à des structures légères (verre, acier, …) à l’étage créant des espaces adaptables selon les habitants et leurs modes d’appropriation.
2. L’équilibre homme/nature : habiter durable
Habiter durable c’est économiser l’énergie. Comme exemple, il y a Eva Lanxmeer à Culemborg de KWSA architecten. Habiter durable c’est construire au naturel, c’est le bois, le vert, le local, …, le retour à l’eau, à sa visibilité.
3. La gestion parcimonieuse : habiter ensemble
Vivre en effet ensemble mais clairement chacun chez soi. Entre le privatif et le public, des jeux de façades sont inventés, des espaces ajoutés. Ouvertures et fermetures règlent le dialogue du privé vers le public et inversement.
Exemple des architectes Herzog et De Meuron, Paris (14ème), rue des Suisses.
Partie 2 : Et en Wallonie ?
La Louvière, Mitant des camps, architecte Topati Architects
Mettet, Pontaury, architecte La Pierre d’angle : un espace libre d’appropriation
Tournai, Pic au vent, architectes Q. Wilbaux – E. Marchal : dualité entre collectif et individuel
Liège, Saint Léonard, architecte P. Blondel : espaces publics et partagés
Le taux de renouvellement du parc immobilier ne représente que 1% du parc global.
Pour ce qui est du patrimoine existant, faut-il réhabiliter, démolir, reconstruire ?
La recherche architecturale est un des vecteurs pour amener la richesse d’habitat(s) !
Vincent Sciarra, Directeur Général du Fonds du Logement Wallon
Le Fonds du Logement en tant qu’institution
Créé par la Ligue des Familles, il y a 30 ans, le Fonds du Logement Wallon est chargé de 3 missions reconnues d’utilité publique par le CWL (Crédit Wallon au Logement).
. Les prêts hypothécaires familles nombreuses.
. Les aides locatives : achat-rénovation-location familles nombreuses.
. Les OFS (Organisme à Finalités Sociales) : régies des quartiers, agences immobilières sociales et associations de promotion du logement.
Cinq cents personnes travaillent pour le Forum permanent ELIS (FLW + OFS).
Notre position est d’apporter aux particuliers et aux associations les ressources et l’assistance adaptées à chaque projet. Les objectifs sont d’insérer durablement les familles, dans un habitat de qualité et respectueux du patrimoine existant. En tout, 17.000 prêts sont en cours, 1.000 logements en location et 70 asbl sont agréées.
Evolution attendue des besoins en logements
Dans le domaine du logement, les défis pour demain sont : la volatilité des familles, le vieillissement de la population, la croissance démographique et la baisse structurelle des taux hypothécaires. On peut compter sur une augmentation de 500.000 habitants en Wallonie sur les 50 années à venir avec un taux très important de personnes âgées.
L’impératif est de renforcer l’offre et dans le même temps de solvabiliser la demande. Pour y arriver, il faut renforcer l’offre de nouveaux logements via les opérateurs spécialisés dans la construction et les grosses rénovations. Dans le même temps, les AIS (Agences Immobilières Sociales) doivent être confortées dans leur rôle de gestion du parc locatif existant conventionné et à vocation sociale. L’idée doit faire aussi son chemin de promouvoir des formes d’habitat alternatif.
Les habitats alternatifs soutenus par le FLW
Le FLW envisage dès à présent dans ses actions de modes alternatifs d’habitats. En ce qui concerne les prêts, nous essayons de favoriser : le logement intergénérationnel, la mise en location partielle et le logement pour les gens du voyage. Les aides locatives peuvent aussi être consacrées aux logements intergénérationnels, aux immeubles intergénérationnels et aux logements « HP » (Habitat Permanent en zone touristique). De leur côté, les AIS et APL (Aide Personnalisée au Logement) favoriseront le cologement.
Le FLW se doit d’accompagner des formes d’habitat alternatif pour les personnes en état de précarité ou disposant de revenus modestes, dans la perspective d’offrir un logement décent.
Le logement intergénérationnel
Le Fonds propose l’octroi de prêts familiaux « intergénérationnels » comme solution au logement adapté aux parents âgés. Il s’agit d’un prêt hypothécaire à taux réduit pour le financement de travaux destinés à l’accueil d’un ou de plusieurs parents âgés, aux conditions de prêts accordés aux familles nombreuses. Les taux varient entre 2,75% et 5%. L’immeuble doit être situé en Région Wallonne, être équipé spécifiquement des commodités telles que séjour, cuisine, sanitaires, chambre à coucher,… pour le parent âgé. Le bien doit être occupé pendant toute la durée du prêt. Il ne peut être donné en location, même partiellement.
Soit les travaux créent un espace de vie propre destiné au parent âgé au sein de l’habitation unifamiliale, soit un logement de proximité voisin et distinct est construit sur la même parcelle.
Le parent accueilli doit être âgé de 60 ans au moins, avoir un lien de parenté avec l’emprunteur (jusqu’au 3ème degré maximum) et il s’engage, à la signature de l’acte, à se domicilier avec la famille, dans un délais de 6 mois maximum, le temps de réaliser les travaux d’aménagement nécessaires.
La mise en location partielle
Les deux conditions de bases de prêts classiques du FLW sont pour l’emprunteur l’obligation d’occuper les lieux et l’interdiction de location pendant toute la durée de remboursement du prêt.
Or les emprunteurs sont toujours plus âgés, les emprunts toujours plus longs, les enfants quittent le domicile familial avant l’échéance de remboursement et les logements financés deviennent surdimensionnés en fin de période.
Il y a la nécessité de faire évoluer le règlement et de permettre aux débiteurs hypothécaires de mettre en location une partie du logement. Bien entendu, la location devrait être sociale selon des conditions de revenus et de patrimoine et les loyers perçus devraient être affectés en remboursements anticipés.
Les logements pour les gens du voyage
Le but est de permettre l’octroi de prêts à taux réduits pour les familles nomades part time. Pendant les périodes de sédentarité, on peut imaginer une occupation partagée du logement et de la caravane.
Le logement HP (Habitation Permanente)
Il s’agit d’offrir des solutions alternatives à l’habitat permanent en zone touristique par les constructions de logements respectueux pour l’environnement, économiques pour l’occupant et valorisant pour les futurs habitants. L’idée est d’impliquer les habitants dans l’étude de projet afin de les informer et les sensibiliser aux possibilités d’une architecture environnementale.
Le projet spirale, à Aywaille, tente de reloger des personnes vivant en zone touristique (en caravane, …) dans des logements dits classiques.
Ce projet se réalise au travers un partenariat dynamique impliquant la Province, le FLW, la commune d’Aywaille, les associations APIC et la Teignouse.
Une méthodologie a été mise au point par les partenaires :
. mener simultanément l’étude architecturale, les visites, les réunions de participation
. programmer les thèmes à aborder avec les futurs habitants en fonction des étapes de l’étude architecturale
. à chaque étape écouter les attentes et informer des contraintes architecturales et réglementaires
. faire un débriefing et un rapport de chaque visite et de chaque réunion pour acter les décisions.
Quatorze maisons passives doivent être construites pour des personnes en situation de précarité qui se sentent prises au sérieux, qui ont développé de nouveaux liens sociaux et qui ont été formées aux solutions architecturales et techniques respectueuses de la planète.
Qu’est-ce que le cologement ?
Afin de répondre à cette question, nous avons lancé en 2006 un appel à projets auprès des AIS et APL. Une subvention destinée à mener une expérience de cologement a été accordée à la réhabilitation ou à la restructuration d’immeubles inoccupés.
Deux projets ont été sélectionnés :
. L’aménagement d’un logement individuel permettant à des résidents d’une roulotte, de s’approprier un habitat de type traditionnel. Projet mené par l’AIS du Brabant Wallon en partenariat avec la ville et le CPAS d’Ottignies, Habitat et Participation et le Front des SDF.
. La création, à Boussu, d’une maison communautaire pour hommes seuls, en décrochage. Projet mené par l’APL FEES, en partenariat avec la régie des quartiers.
Pour conclure
La volonté du FLW est de s’adapter constamment à l’évolution des besoins. Ces changements prennent du temps aussi bien du point de vue de l’adaptation des règlements mais aussi des mentalités.
L’objectif premier étant de soutenir les habitats alternatifs qui correspondent à une demande, une volonté des personnes et non à des solutions socialement rétrogrades.
Groupe/Cycle : Cycle Habiter Autrement
Ce cycle de 4 séances est organisé non seulement pour aider les propriétaires et les futurs locataires ou colocataires à mieux vivre et organiser leurs relations respectives, mais aussi pour attirer l'attention des juristes et des responsables politiques sur les problèmes de droit que soulèvent les nouvelles cohabitations urbaines et les nouveaux types de locations.
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